Critères de décision médico-économiqueForces et faiblesses de l’économie du cancer en France
22.12.2016
Cette session a analysé les méthodes d’évaluation médico-économique qui permettraient de préconiser de nouveaux critères de décisions et d’accès égal à l’innovation.
« Les questions médico-économiques en cancérologie sont complexes et soulèvent deux grands enjeux : le premier est celui de la régulation du financement pour que cela soit supportable pour la collectivité ; le second est l’évaluation de la valeur des thérapeutiques au regard des bénéfices obtenus », a indiqué d’emblée Annie Chicoye, économiste de la santé (ESSEC).En France, la prise en charge du cancer représente environ 10 % des dépenses d’assurance maladie, au même niveau que les maladies cardiovasculaires mais après les maladies psychiatriques.Dans le contexte actuel des nombreux débats sur le coût élevé des molécules ou encore le risque que des mesures de déremboursement ne génèrent des iniquités d’accès à l’innovation, la dimension médico-économique de la décision constitue un sujet brûlant.« L’évaluation du fardeau du cancer peut être réalisée grâce au DALY prenant en compte la mortalité prématurée et les incapacités. Au regard des autres maladies, la maladie d’Alzheimer est le premier facteur d’évolution DALY en France, suivie du diabète et de quatre cancers (colorectal, sein, poumon, foie) », a expliqué Annie Chicoye.Cancers et prévention secondaire des maladies cardiovasculaires représentent le même poids sur l’Assurance Maladie. Les cancers actifs coûtent, en moyenne, 11 300 euros par assuré et sont la pathologie la plus onéreuse hormis l’IRTC (44 000 euros). Les cancers surveillés concernent la majorité des malades pour une dépense moyenne par assuré de 1 000 euros.L’augmentation des coûts est liée en partie aux prix des traitements. L’intensifiation du risque de cancer est également en cause, en lien notamment avec le vieillissement de la population.Comment arbitrer l’allocation de ressources limitées entre les différents malades ? Comment réguler la dépense ? « La régulation du médicament est un subtil équilibre dans le contexte international. La France possède 4 % du marché mondial des médicaments anti-cancéreux. »Pour le Pr Jean-Jacques Zambrowski, économiste (Paris-Descartes), « peut-on faire l’économie d’une économie ? En vingt ans, le prix par année de vie gagnée a été multiplié par trois. De nouvelles échelles d’évaluation du bénéfice clinique – par exemple, celle de l’ESMO – cherchent à définir la valeur des innovations ; l’enjeu est de fonder les décisions de stratégie publique ».« En France, 2,5 millions de personnes sont atteintes de cancers et sont en ALD. Le coût de prise en charge est de 16,1 milliards, soit 10 % des dépenses, et 5 405 euros par patiente et par an. »« La maitrise des dépenses de l’Assurance Maladie est une nécessité pour assurer sa pérennité et celle d’un accès équitable aux soins. Mais les choix doivent être ceux des premiers concernés et de ceux qui en ont la charge. L’économie de la santé ne doit pas demeurer l’affaire des spécialistes : nous sommes tous concernés. »Pour le Pr Gilles Freyer (Lyon), « le temps de l’évaluation scientifique est pollué par la “financiarisation” ! Il y a une crise de l’expertise en France. » Faut-il faire le choix de l’expertise sans expert ?

